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Rôle des oiseaux sauvages dans la transmission d’agents pathogènes en élevage

L’Outarde houbara asiatique est une espèce d’oiseau protégée qui fait l’objet d’élevages conservatoires au Moyen Orient. Les sites d’élevage attirent massivement les oiseaux sauvages et ceux-ci sont fortement suspectés de transmettre des agents pathogènes aux outardes captives. Les chercheurs de l’unité IHAP* et leurs partenaires se sont intéressés pour la première fois au risque représenté par les oiseaux sauvages vis-à-vis des outardes en élevage.

Outarde houbara. © IFHC
Par Julien Hirschinger
Mis à jour le 06/07/2017
Publié le 03/07/2017

Une espèce protégée

L’Outarde houbara asiatique (Chlamydotis macqueenii) est un oiseau de la famille des Otididés présent au Moyen Orient et en Asie centrale. Cette espèce connait actuellement un déclin important et fait l’objet de mesures de protection dans certains pays de son aire de répartition, suivant les recommandations internationales éditées depuis 2014. Aux Emirats Arabes Unis (EAU), l’International Fund for Houbara Conservation (IFHC), a mis en place des sites d’élevage conservatoire afin de produire en captivité des outardes qui seront ensuite lâchées dans le milieu sauvage.

Vue aérienne d'un élevage d'outardes houbara. © IFHC
Vue aérienne d'un élevage d'outardes houbara © IFHC
Vue aérienne du National Avian Research Center (NARC), un élevage d’outardes houbara asiatiques de l’International Fund for Houbara Conservation aux Emirats Arabes Unis. Les bâtiments d’élevage (arrière-plan) abritent les individus reproducteurs. Les oiseaux destinés aux lâchers sont eux élevés dans des volières (tunnels de pré-lâcher au premier plan).

Le rôle suspecté des oiseaux sauvages dans la transmission d’agents pathogènes aux outardes captives

Comme tout site d’élevage, ces infrastructures attirent une multitude d’animaux sauvages, notamment des oiseaux. Ce phénomène est exacerbé aux EAU du fait de la prédominance d’un environnement semi-désertique et de la présence artificielle d’eau et de nourriture sur les sites d’élevage. Ces sites ont d’ailleurs déjà connu d’importants épisodes infectieux au cours des dernières années.

Certains de ces oiseaux sauvages peuvent entrer en contact avec les outardes captives. Ils transportent avec eux tout un cortège d’agents infectieux possiblement pathogènes pour les outardes. L’unité IHAP* et ses partenaires cherchent ainsi à évaluer pour la première fois le risque représenté par les oiseaux sauvages pour les outardes en captivité.

Une approche de terrain …

La démarche développée par les chercheurs consiste à collecter suffisamment des données sur le terrain pour répondre à des questions multiples. Quels agents pathogènes sont présents chez les oiseaux sauvages ? Et chez quelles espèces ? Comment ces agents pathogènes circulent-ils chez ces oiseaux ? Comment ces agents pathogènes sont-ils ensuite introduits sur les sites d’élevage et transmis aux outardes ?

Une fois les réponses obtenues, un plan de surveillance sanitaire pourra alors être  mis en place dans le but de protéger les outardes en captivité contre le risque de transmission d’agents pathogènes par les oiseaux sauvages.

… pour un suivi détaillé de l’avifaune sauvage …

Les chercheurs se sont d’abord intéressés à la diversité des agents pathogènes présents chez les oiseaux sauvages et leur prévalence respective (proportion d’individus atteints). Ils ont mis en place une campagne importante de capture et d’échantillonnage des six espèces d’oiseaux résidentes les plus abondantes : Moineau domestique, Bulbul à oreillons blancs, Tourterelle turque, Tourterelle maillée, Pigeon biset et Francolin gris. Une fois capturés, les oiseaux sont identifiés par la pose d’une bague et d’une puce électronique. Ils sont échantillonnés (prise de sang et écouvillons) puis relâchés. Les échantillons sont ensuite analysés pour la recherche d’agents pathogènes, notamment le virus de l’influenza aviaire.

Les chercheurs ont ensuite étudié les contacts entre les oiseaux sauvages et les outardes captives. Une première approche, purement visuelle, consiste à identifier et dénombrer chaque espèce d’oiseau présente dans les zones d’élevage et à étudier son comportement (en vol, perché, en recherche alimentaire…). Une deuxième approche est basée sur la détection des puces électroniques implantées sur les oiseaux grâce à des antennes situées dans des zones stratégiques à l’intérieur des sites d’élevage.

Les chercheurs se sont également intéressé aux déplacements des oiseaux sauvages entre et à l’extérieur des sites d’élevages. Les comptages ont notamment été étendus aux sites environnants (zone agricole, zone d’élevage, zone boisée...) dans le but d’y détecter des oiseaux bagués.

Schéma de principe des différents compartiments épidémiologiques et des flux entre ces compartiments. © Julien Hirschinger
Schéma de principe des différents compartiments épidémiologiques et des flux entre ces compartiments © Julien Hirschinger

… qui commence à porter ses fruits

Depuis janvier 2016, environ 4 000 oiseaux ont été capturés puis relâchés : 3 600 échantillons de sang et 4 100 écouvillons ont été collectés. Plus de 800 oiseaux sauvages ont été dénombrés dans les zones d’élevage et plus de 2 600 sur les sites environnants.

Toutes ces données brutes sont actuellement en cours d’analyse. Elles devraient générer des résultats prometteurs et aboutir, dès la fin 2019, à l’établissement d’un plan de gestion sanitaire dédié à la gestion du risque de transmission d’agents pathogènes par les oiseaux sauvages.

Ces recherches s’inscrivent dans la thèse de doctorat que prépare Julien Hirschinger au sein de l’unité IHAP*. Elles bénéficient du financement de l’IFHC dans le cadre d’un partenariat avec la société Reneco.

*Unité mixte de recherche Interactions Hôtes Agents Pathogènes, Inra-ENVT

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Contact chez Reneco :
Yves Hingrat
Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse
Julien Hirschinger

En savoir plus

Julien Hirschinger est rédacteur de cette actualité web. Les recherches qu’il présente sont réalisées dans le cadre de la thèse de doctorat qu’il prépare dans l’unité IHAP* et sur un des sites d’élevage de RENECO aux EAU. Elle s’intitule : « Circulation d’agents infectieux à l’interface entre avifaune sauvage et avifaune captive : exemple de l’évaluation du risque sanitaire représenté par l’avifaune sauvage pour les élevages conservatoires d’outardes houbara ». Doctorant en 2ème année, Julien Hirschinger est docteur vétérinaire diplômé de l’ENVT.

Ma thèse en 3 500 signes. © Inra, Véronique Gavalda

MA THÈSE EN 3 500 SIGNES

Initiée en 2016, « Ma thèse en 3 500 signes » est une action destinée aux doctorants et jeunes docteurs ayant préparé leur thèse dans une unité du département Santé Animale de l’Inra.

Elle vise à développer les capacités des jeunes chercheurs à communiquer vers le grand public et s'intègre dans la formation par la recherche des doctorants. Ils sont accompagnés dans la rédaction d’une actualité web présentant leurs travaux de recherche en 3 500 signes (environ). Destinée au grand public, l’actualité est ensuite publiée sur le site web du département santé animale, avec le nom des jeunes chercheurs qui apparaissent comme rédacteurs.