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La salive des tiques, une arme innovante pour lutter contre la transmission d’agents pathogènes

L’augmentation de l’incidence de certaines maladies dues aux tiques a, ces dernières années, relancé les recherches liées à ces acariens. En Europe, les tiques représentent les vecteurs d’agents pathogènes les plus importants en santé humaine comme animale. Des recherches menées à l’unité BIPAR* visent au développement de moyens de lutte innovants et durables comme la vaccination anti-tique. Des chercheurs de l’unité ont identifié et caractérisé un candidat vaccinal potentiel dont le rôle est central dans les interactions entre les tiques, leurs hôtes et les agents pathogènes. Ces travaux sont publiés dans la thèse d’Adrien Blisnick, soutenue le 21 février 2019.

Vue ventrale des pièces buccales de la tique Ixodes ricinus (photographie en microscopie électronique à balayage). L’hypostome est l’excroissance dentelée qui sert à la tique pour s’ancrer à son hôte vertébré pour le repas sanguin et qui est entouré des chélicères qui permettent la dilacération des tissus. © Unité Biologie cellulaire des Trypanosomes, Institut Pasteur-Paris, T. Blisnick et P. Bastin
Par Adrien Blisnick
Mis à jour le 21/10/2019
Publié le 02/07/2019

La tique Ixodes ricinus, un excellent vecteur d’agents pathogènes

Ixodes ricinus est l’espèce de tique la plus répandue en Europe. Elle se nourrit exclusivement de sang et peut se gorger sur plus de 300 hôtes vertébrés différents suivant ses stades de développement (larves, nymphes, adultes, cf. encadré). C’est au cours de ses repas sanguins qu’elle peut acquérir puis transmettre de nombreux agents pathogènes : bactéries, virus, parasites.

La salive au cœur de la transmission d’agents pathogènes lors du repas sanguin

Le repas sanguin d’I. ricinus commence par une phase d’attachement à son hôte durant laquelle, suite à la dilacération des tissus, la tique s’ancre fermement dans son hôte grâce à son hypostome (figure 2). Débute ensuite la phase de gorgement pouvant atteindre 10 jours. Lors de cette phase, la tique se gorge du sang de son hôte en alternant sécrétions salivaires et ingestion des fluides présents dans le micro hématome formé lors de la piqûre. Les propriétés analgésiques, anti inflammatoires, anti coagulantes, vasodilatatrices et immunosuppressives de la salive sont indispensables à la prise de ces longs repas sanguins et facilitent l’acquisition et la transmission des agents pathogènes par la tique.

La salive de tique, une alliée précieuse…

Photographie à la loupe binoculaire (x 15) d'une expérience de salivation de tique Ixodes ricinus en laboratoire. © UMR BIPAR, Adrien Blisnick
© UMR BIPAR, Adrien Blisnick
Des chercheurs de l’UMR BIPAR* se sont intéressés aux interactions entre la tique, son hôte et les agents pathogènes véhiculés en analysant les glandes salivaires, impliquées à la fois dans le repas sanguin et la transmission d’agents pathogènes. Ils ont comparé l’expression de gènes entre des glandes salivaires de tiques exemptes d’agents pathogènes et celles infectées par la bactérie Bartonella henselae. Cette bactérie, qui peut être transmise à l’homme par les tiques, est responsable, en autres, de la maladie des griffes du chat. 

Les chercheurs ont montré que chez les tiques infectées, de nombreux gènes avaient une expression modifiée -et donc une implication potentielle dans la transmission de la bactérie-. Ils se sont alors focalisés sur le gène le plus surexprimé, celui codant une protéine inhibitrice de sérine protéases : IrSPI. Ces inhibiteurs synthétisés par les tiques jouent de nombreux rôles dans la régulation des réponses de l’hôte à la piqûre.

Les premières investigations ont validé l’implication d’IrSPI dans la prise du repas sanguin et le développement de la bactérie dans les glandes salivaires de la tique. Les résultats récents ont montré l’induction du gène lors du repas sanguin dans plusieurs organes de la tique supposant un rôle physiologique important. Les chercheurs ont également précisé le rôle de la protéine IrSPI chez l’hôte de la tique. Ils ont montré qu’elle diminue la prolifération de lymphocytes T, ainsi que la sécrétion de molécules responsables de l’inflammation qui perturberaient le repas de la tique. En réduisant les défenses immunitaires de l’hôte, IrSPI facilite donc à la fois le gorgement de la tique et l’infection de l’hôte par les agents pathogènes transmis.

… pour l’élaboration de vaccins anti-tique

Les rôles d’IrSPI chez la tique, chez l’hôte et potentiellement dans la transmission d’agents pathogènes, en font un candidat d’intérêt dans la lutte contre les tiques et les agents pathogènes qu’elles véhiculent. En effet, le blocage de la protéine par un vaccin permettrait de perturber le repas sanguin, empêchant ainsi toute transmission d’agents pathogènes à même d’être présents chez la tique.

Ces recherches ont bénéficié d’un financement ANSES, DGER et INRA.

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Département(s) associé(s) :
Santé animale
Centre(s) associé(s) :
Jouy-en-Josas

En savoir plus

Le cycle de développement de la tique Ixodes ricinus

Schéma du cycle de la tique Ixodes Ricinus.Modifié d'après Gray et Nernario. © Inra
Schéma du cycle de la tique Ixodes Ricinus.Modifié d'après Gray et Nernario © Inra
A chaque stade de son développement (larve, nymphe et femelle), la tique prend un repas sanguin sur un hôte vertébré différent. Il dure de 3 jours (larves) à 10 jours (femelles). C’est lors de ces repas sanguins que les tiques peuvent acquérir et transmettre des agents pathogènes (bactéries, virus et parasites). Après digestion, elles mueront pour atteindre le stade de développement suivant (larves et nymphes). Après fécondation et prise de leurs repas sanguin, les femelles pondront des milliers d’œufs. L’ensemble du cycle peut durer jusqu'à 2-3 ans dans la nature. 

Ma thèse en 3 500 signes. © Inra, Véronique Gavalda

MA THÈSE EN 3 500 signes

Initiée en 2016, « Ma thèse en 3 500 signes » est une action destinée aux doctorants et jeunes docteurs ayant préparé leur thèse dans une unité du département Santé Animale de l’Inra.

Elle vise à développer les capacités des jeunes chercheurs à communiquer vers le grand public et s'intègre dans la formation par la recherche des doctorants. Ils sont accompagnés dans la rédaction d’une actualité web présentant leurs travaux de recherche en 3 500 signes (environ). Destinée au grand public, l’actualité est ensuite publiée sur le site web du département santé animale, avec le nom des jeunes chercheurs qui apparaissent comme rédacteurs.

À PROPOS DE

Adrien Blisnick. © Adrien Blisnick
Adrien Blisnick © Adrien Blisnick
Adrien Blisnick est rédacteur de cette actualité web. Les recherches qu’il y présente ont été réalisées dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée : « Caractérisation de IrSPI, un inhibiteur de sérine protéase impliqué dans la prise du repas sanguin et l’infection bactérienne des tiques Ixodes ricinus ». Soutenue le 21 février 2019, elle a été délivrée par l’Institut agronomique vétérinaire et forestier de France (Agreenium).  

PUBLICATIONS

 Adrien A. Blisnick, Thierry Foulon and Sarah I. Bonnet, (2017). Serine Protease Inhibitors in Ticks: An Overview of Their Role in Tick Biology and Tick-Borne Pathogen Transmission, Frontiers Cellular Infections Microbiology, https://doi.org/10.3389/fcimb.2017.00199

Bonnet S.I., Blisnick A. A., Boulanger N., Stachurski F., Vial L. Impact du changement climatique sur les populations de tiques en Europe : mythes et réalitésIxodes ricinus : une tique ubiquisteIntroduction et expansion de nouvelles espèces de tiques : Hyalomma marginatum. (mai 2018). Le Point Vétérinaire, n°385.

Adrien A. Blisnick, Ladislav Šimo, Catherine Grillon, Fabienne Fasani, Sébastien Brûlé, Bernard Le Bonniec, Eric Prina, Maud Marsot, Anthony Relmy, Sandra Blaise-Boisseau, Jennifer Richardson and Sarah I. Bonnet, (2019). The Immunomodulatory Effect of IrSPI, a Tick Salivary Gland Serine Protease Inhibitor Involved in Ixodes ricinus Tick Feeding.  Vaccines 2019, 7(4), 148; https://doi.org/10.3390/vaccines7040148