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Les tiques de la forêt de Sénart passées au crible des chercheurs

La tique Ixodes ricinus est le premier vecteur d’agents pathogènes pour l’homme et l’animal en Europe. Les chercheurs des unités BIPAR* et EPIA** se sont intéressés à l’activité de cette tique en forêt de Sénart et aux agents pathogènes qu’elle transporte. Grâce à des collectes régulières et aux techniques de criblage à haut débit et d’analyses statistiques, ils ont pu suivre l’évolution de sa présence et de celle des agents pathogènes qu’elle véhicule sur une période de trois années consécutives.

Prévention contre les tiques en forêt de Sénart. © Agence Phanie
Par Émilie LEJAL
Mis à jour le 08/10/2019
Publié le 25/02/2019

Ixodes ricinus : un vecteur par nature

Les tiques sont des arthropodes strictement hématophages qui présentent plusieurs stades de développement : larve, nymphe et adulte. Leurs repas sanguins sont indispensables à leur métamorphose et à leur reproduction. L’espèce Ixodes ricinus est capable de se nourrir sur une grande variété d’hôtes (plus de 300 espèces). Au cours de son repas sanguin, elle peut s’infecter par des agents pathogènes présents dans le sang ou dans le derme de l’animal sur lequel elle se nourrit. Ces microbes pourront potentiellement être retransmis à un nouvel hôte, dont l’homme ou l’animal domestique, lors d’un prochain repas sanguin.

Une surveillance nécessaire des tiques et de sa cohorte d’agents pathogènes

Idéalement, Ixodes ricinus évolue dans un environnement doux et humide (entre 8 et 24°C et à plus de 80% d’humidité) où circulent des hôtes animaux sur lesquels elle va pouvoir prendre ses repas sanguins. Avec ses 3 000 hectares de terrain abritant une large variété d’animaux, la forêt de Sénart constitue un environnement idéal pour Ixodes ricinus, et représente donc une zone à risque du fait de sa forte fréquentation humaine (3 millions de visiteurs par an). Les chercheurs des unités BIPAR* et EPIA** se sont ainsi intéressés aux tiques dans cette zone forestière péri-urbaine et aux agents pathogènes qu’elles véhiculent.
En Europe tempérée, I. ricinus est principalement active au printemps et à l’automne. De même, la disponibilité de ses hôtes peut également varier en fonction des saisons ou des années et ainsi avoir un impact sur la densité de tiques actives. Qu’en est-il de la présence des tiques en forêt de Sénart ? Et de la prévalence des agents pathogènes qu’elles transportent ? Existe-t-il des variations au cours des saisons ou des années ? C’est à ces questions que les chercheurs ont essayé de répondre.  

Une étude de terrain et des outils de détection hypersensibles

Les chercheurs ont réalisé des collectes mensuelles de tiques pendant trois ans en forêt de Sénart (d’Avril 2014 à Mai 2017). Plus de 1 000 tiques ont été collectées et ensuite analysées individuellement par une méthode de criblage haut débit, la PCR en microfluidique. Cette méthode de détection très sensible permet de tester, en une seule fois, une quarantaine de tiques pour la présence de plus de 30 espèces d’agents pathogènes. Elle est basée sur la détection spécifique de séquences d’ADN propres à chaque microbe testé : bactéries ou parasites, connus ou suspectés de circuler chez les tiques.

Collecte des tiques par la méthode du drapeau. © Agence Phanie
Collecte des tiques par la méthode du drapeau © Agence Phanie

Pour chasser, Ixodes ricinus se positionne le plus souvent au sommet de la végétation au sol et attend qu’un hôte passe pour s’agripper à lui. Le principe de la méthode du drapeau repose sur ce mode de chasse, qui est dit « à l’affut ». Le drapeau va mimer le passage d’un hôte et les tiques vont alors s’accrocher sur ce dernier, permettant aux chercheurs de les collecter.

Une dynamique à suivre

Les résultats révèlent que la dynamique des populations de tiques varie en fonction des saisons : le  pic principal d’activité est observé au printemps. Il est suivi d’une forte diminution en été puis, parfois, d’une légère augmentation à l’automne avant de re-diminuer en hiver.
Les analyses ont permis de détecter l’ADN de différents agents pathogènes. L’analyse statistique du jeu de données obtenu a mis en évidence des différences de prévalence chez plusieurs agents pathogènes, en fonction des saisons ou encore des années. C’est notamment le cas des bactéries responsables de la maladie de Lyme, les borrélies, qui ont été plus fréquemment détectées en automne au cours de la période de l’étude, particulièrement en 2015 et 2016.

Ces résultats soulignent l’importance de réaliser un suivi régulier des populations de tiques et des agents pathogènes qu’elles véhiculent : le risque d’infection peut varier d’une saison à l’autre ou d’une année à l’autre. Cette approche de suivi dynamique, en participant à une meilleure compréhension de l’écologie des tiques et de leurs agents pathogènes, devrait permette -à terme- de contribuer à améliorer les stratégies de prévention contre les maladies à tiques.

Ces recherches sont réalisées dans le cadre de deux  métaprogrammes conduits par l'Inra : ACCAF et MEM***. Elles bénéficient d'un soutien financier de la région Île- de -France.


*  BIPAR : Unité de Biologie Moléculaire et Immunologie Parasitaire
** EPIA : Unité d’Epidémiologie des maladies Animales et zoonotiques
*** ACCAF : Adaptation de l’Agriculture et de la Forêt au Changement Climatique
       MEM : Méta-omiques des Écosystèmes Microbiens

Émilie Lejal. © Émilie Lejal

En savoir plus

Émilie Lejal est rédactrice de cette actualité web. Les recherches qu’elle présente sont effectuées dans le cadre de la thèse de doctorat qu’elle prépare dans l’unité BIPAR*, au sein de l’équipe « Écologie des agents pathogènes vectorisés ». Elle s’intitule : « Dynamique du pathobiome des tiques ». Émilie Lejal est doctorante en troisième année de thèse à l’Ecole doctorale Agriculture, Alimentation, Biologie, Environnement et Santé (ABIES) rattachée à l’Université Paris-Est.

Ma thèse en 3 500 signes. © Inra, Véronique Gavalda

Ma Thèse en 3 500 signes

Initiée en 2016,« Ma thèse en 3 500 signes »est une action destinée aux doctorants et jeunes docteurs ayant préparé leur thèse dans une unité du département Santé Animale de l’Inra.

Elle vise à développer les capacités des jeunes chercheurs à communiquer vers le grand public et s'intègre dans la formation par la recherche des doctorants. Ils sont accompagnés dans la rédaction d’une actualité web présentant leurs travaux de recherche en 3 500 signes (environ). Destinée au grand public, l’actualité est ensuite publiée sur le site web du département santé animale, avec le nom des jeunes chercheurs qui apparaissent comme rédacteurs.

PUBLICATION

Tick-borne pathogen detection in midgut and salivary glands of adult Ixodes ricinus. Emilie Lejal, Sara Moutailler, Ladislav Šimo, Muriel Vayssier-Taussat and Thomas Pollet. Parasites & Vectors, Avril 2019 ; doi.org/10.1186/s13071-019-3418-7