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Les maladies infectieuses chez l’animal et l’Homme peuvent-elles être régulées par les écosystèmes ?

La fréquence des maladies infectieuses émergentes tend à augmenter dans le monde. Elles touchent souvent aussi bien l’Homme que les animaux. Peut-on agir sur la biodiversité et la composition des écosystèmes afin de réguler ces maladies ? Ces actions peuvent-elles constituer des alternatives à l’abattage des animaux infectés ou à l’usage des insecticides contre les vecteurs qui transmettent les agents infectieux ? Telles sont les questions auxquelles un panel d’experts s’est proposé de répondre. La méthodologie qu’ils ont développée pour analyser la littérature scientifique est présentée avec les perspectives attendues. Elle a été publiée en janvier 2019 dans la revue Environmental Evidence.

One Health. © Inra, Véronique Gavala
Par Delphine Achour
Publié le 08/04/2019

Les zoonoses, des maladies transmissibles à l’animal et à l’Homme

De nombreux agents infectieux peuvent être transmis directement entre les animaux et l'Homme : les maladies qu’ils provoquent sont appelées zoonoses. Lorsqu’elles sont transmises indirectement par des vecteurs (insectes, acariens ...) on parle de maladies à transmission vectorielle. Pour les contrôler, il est souvent recommandé de réduire par abattage la population des animaux hôtes, réservoirs des agents infectieux. Le recours à des insecticides est également pratiqué pour éliminer les vecteurs. Mais ces interventions ne sont pas toujours efficaces, notamment lorsqu'elles altèrent le fonctionnement des écosystèmes ou lorsqu’elles conduisent à la sélection de vecteurs résistants aux insecticides.

Quelles alternatives à l’abattage sanitaire et à l’utilisation des insecticides ?

Une alternative serait d'agir directement sur le fonctionnement de l’écosystème, c’est-à-dire l’environnement dans lequel vivent et interagissent l’Homme, les animaux, les vecteurs et les agents infectieux. Dans cette perspective, une évaluation approfondie des conditions susceptibles de réguler les agents pathogènes par la gestion des écosystèmes est nécessaire.

Le Ministère français de la Transition Écologique et Solidaire a ainsi mandaté la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB) et l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB) pour organiser une telle étude, à partir des données existantes et pour 14 agents pathogènes*. La problématique qu’il soulève est la suivante : La biodiversité et les écosystèmes peuvent-ils réguler certaines maladies infectieuses vectorielles et/ou zoonotiques ?

Pour y répondre, un panel de 17 experts issus de différents organismes de recherche et d’agence de gestion de l’environnement a été constitué.  Des chercheurs de trois unités du département santé animale de l’Inra ont participé à la réflexion (unités BIOEPAR, BIPAR et ASTRE). L’objectif dans un 1er temps a été d’établir une méthodologie permettant de collecter les publications les plus pertinentes sur le sujet au sein de la littérature scientifique. Dans un 2e temps les publications sélectionnées seront analysées en vue d’apporter des éléments de réponse au questionnement ministériel. 

Évaluer la régulation des maladies infectieuses par les écosystèmes

La littérature scientifique étudiée par le panel d’experts repose sur cinq bases de données. Une soixantaine de publications internationales a ainsi été examinée, selon un processus en trois étapes : examen du titre, du résumé et du texte intégral.

Un protocole validé pour étudier la littérature scientifique

À chaque étape, les articles ont été soit rejetés, soit conservés pour le cycle suivant en fonction de critères d'exclusion ou d'inclusion. Ce protocole de collecte a été validé et publié dans la revue Environmental Evidence en Janvier 2019. Son application permettra de générer une cartographie systématique qui présentera, pour les 14 maladies étudiées, le nombre de publications, leur répartition géographique, les caractéristiques des écosystèmes, ainsi que les hôtes pour lesquels des mesures épidémiologiques ont été réalisées. À partir de cette carte systématique, les corpus d’articles qui étudient l’effet des mêmes caractéristiques de l’écosystème sur les mêmes maladies seront identifiés. Les experts pourront alors ensuite évaluer leur pertinence au vu de la question initialement posée. Existe-t-il des preuves scientifiques sur les liens entre les caractéristiques des écosystèmes et les maladies zoonotiques ou à transmission vectorielle ayant un impact sur la santé humaine ? Dans l’affirmative est-il possible d’identifier des leviers d’actions sur les écosystèmes pour réguler ces maladies ?

Ces recherches bénéficient d’un financement du Ministère français de la Transition Écologique et Solidaire. Elles sont réalisées dans le cadre de son troisième Plan National Santé Environnement (PNSE3, 2015-2019).

Le  protocole de collecte publié et validé sera présenté au public lors du colloque "La biodiversité ́: une alliée dans la prévention de certaines maladies infectieuses ?" organisé par la FRB à Paris le 17 avril 2018.

*Parmi les 14 maladies listées par le Ministère, 9 sont étudiées au département santé animale de l’Inra : brucellose, Chikungunya, cryptosporidiose, fièvre du Nil occidental, grippe aviaire, leptospirose, maladie de Lyme, tuberculose bovine, Zika.

Logos partenaires colloque BIODIVERSITE 2019