L’écureuil de Sibérie, un réservoir important de la maladie de Lyme

Des chercheurs de l’Inra, du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et de l'Institut Pasteur ont mis en évidence que le tamia de Sibérie, écureuil zébré introduit en Europe dans les années 1960, contribue plus au risque de transmission de la maladie de Lyme que les rongeurs autochtones.

L'écureuil de Sibérie, aussi connu comme étant l'écureuil commun.. © INRA, Maud Marsot
Mis à jour le 14/10/2016
Publié le 26/02/2013

La maladie de Lyme ou borreliose est une maladie vectorielle causée par des bactéries du genre Borrelia. Ces bactéries, hébergées notamment par les rongeurs, sont transmises à l'homme par la piqûre de tiques (Ixodes ricinus).

L'émergence et la recrudescence des cas de maladie de Lyme (environ 25 000 cas en France par an) ont conduit des chercheurs de l’Inra, du Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et de l’Institut Pasteur à étudier le rôle spécifique du tamia de Sibérie (Tamias sibiricus barberi) ou écureuil de Corée, introduit dans nos forêts d'Europe dans les années 1960.

La forêt de Sénart, site de l'étude

Les chercheurs ont particulièrement étudié des populations de rongeurs dans la Forêt de Sénart, en région parisienne. Les tamias ont été introduits dans ce massif forestier par des particuliers au début des années 1970 ; la Forêt de Sénart présente aujourd’hui la plus importante population de tamias en France (10 à 15 000 individus). Les chercheurs ont comparé cette espèce à deux autres rongeurs autochtones, le campagnol roussâtre (Myodes glareolus) et le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus), réservoirs des bactéries du genre Borrelia.

Responsabilité du tamia de Sibérie ?

Les travaux des chercheurs ont démontré que le tamia contribue de façon prédominante au risque de transmission de la borréliose de Lyme pour l’homme (densité de nymphes infectées dans l’environnement) que les rongeurs autochtones, en raison d’une prévalence d’infection élevée, mais aussi du fait qu’il héberge un plus grand nombre de tiques. En effet, le tamia produit 80% des tiques  infectées (nymphes) issues des rongeurs, alors que le campagnol et le mulot n’en produisent chacun que 10%. De plus, le tamia héberge trois espèces de bactéries pathogènes (Borrelia burgdorferi ss, B. afzelii, et B. garinii) alors que nos rongeurs autochtones n'abritent qu'une seule espèce (B. afzelii).

Les conséquences de l'introduction d'une espèce exotique

Les résultats de cette étude soulignent que l’introduction dans une communauté locale d’une espèce hébergeant tiques et Borrelia peut avoir des conséquences importantes sur le risque de propagation de la maladie de Lyme. Dans un contexte de mondialisation des échanges, il est d’autant plus important de comprendre comment ces espèces hôtes peuvent contribuer à l’émergence de maladies.

  • Photographie : Maud Marsot
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En savoir plus

Marsot M, Chapuis J-L, Gasqui P, Dozières A, Masséglia S, et al. (2013) Introduced Siberian Chipmunks (Tamias sibiricus barberi ) Contribute More to Lyme Borreliosis Risk than Native Reservoir Rodents. PLoS ONE 8(1): e55377. doi:10.1371/journal.pone.0055377

A propos de

La maladie de Lyme

Aussi nommée borréliose de Lyme, la maladie de Lyme est causée par plusieurs espèces de bactéries pathogènes du genre Borrelia burgdorferi sensu lato. Ces bactéries sont transmises par la piqûre de tiques (vecteurs), principalement de l’espèce Ixodes ricinus en Europe.

Il s’agit de la maladie vectorielle transmissible à l’homme la plus fréquente de l’hémisphère nord, avec notamment 25 000  cas par an en France. Les animaux sauvages réservoirs des Borrelia sont des rongeurs et des oiseaux.

Les signes cliniques chez l’homme sont variables. Généralement, un érythème migrant (plaque rouge qui s’étend autour de la morsure) est observé autour de la morsure. Mais ce signe n’est pas toujours présent, et la maladie peut alors être difficile à diagnostiquer.

La maladie de Lyme se soigne bien par traitement antibiotique s’il est prescrit rapidement. En l’absence de traitement, la maladie peut se développer pendant plusieurs années faisant apparaître des manifestations neurologiques (paralysie faciale, méningite, …), rhumatologiques et des arthrites inflammatoires.

Voir aussi l’entretien accordé par Muriel Vayssier-taussat pour la revue Pour La Science : Maladie de Lyme : « Les outils pour améliorer le diagnostic sont pourtant là ». Il est publié dans le n° 460 de la revue Pour la Science (février 2016). Lire l'entretien

La chasse aux tiques

Voir la vidéo tournée dans l'équipe Inra de Clermont-ferrand.