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Des feuilles d’acacia pour traiter les parasites gastro-intestinaux des moutons au Sahel

Les parasites gastro-intestinaux constituent une des menaces majeures de l’élevage des petits ruminants au pâturage. En zone sahélienne les éleveurs utilisent traditionnellement des plantes médicinales comme l’acacia pour maîtriser les vers qui infestent les moutons. Les chercheurs de l’INERA+ et leurs partenaires++ viennent de caractériser l’efficacité antiparasitaire des feuilles d’acacia de différentes espèces locales. Leurs résultats vont permettre d’établir des recommandations aux éleveurs pour alimenter les moutons. Ils sont publiés dans la thèse de Geneviève Zabré, soutenue le 12 juin 2018.

Petits ruminants au Sahel. © Cirad, Sophie Molia
Par Geneviève Zabré
Mis à jour le 30/04/2019
Publié le 15/03/2019

Les nématodes gastro-intestinaux : une menace pour notre élevage

Pendant plus de 50 ans, diverses familles chimiques ont été utilisées en élevage pour lutter contre les vers parasites gastro-intestinaux. Cependant, des résistances des parasites vis à vis de ces familles d’antiparasitaires sont apparues.  Les scientifiques se sont donc intéressés à développer des solutions alternatives, efficaces et durables pour compléter ou remplacer ces produits antiparasitaires chimiques, utilisés en élevage.

Au Burkina Faso, l’utilisation des plantes locales est considérée comme une alternative digne d’intérêt face aux produits chimiques. Les éleveurs de la région du Sahel sont ainsi nombreux à utiliser les plantes pour le traitement des maladies parasitaires. Les produits chimiques disponibles sont en outre relativement chers et hors de leurs capacités financières.

Fleurs d'acacia. © Inra, Michel Becker
Fleurs d'acacia © Inra, Michel Becker
Deux plantes locales bioactives …

C’est dans ce contexte que les chercheurs de l’INERA+ et leurs partenaires++ se sont intéressés à deux variétés locales d’acacia : Acacia nilotica et Acacia raddiana. Ces plantes sont en effet utilisées par les éleveurs au Sahel burkinabè pour lutter contre les parasites des petits ruminants. Le principal objectif était d’évaluer l’efficacité antiparasitaire de ces deux variétés d’acacia, seules ou en mélange.

… pour lutter contre les parasites

Les chercheurs ont évalué dans un 1er temps l’efficacité antiparasitaire des plantes d’acacia sur le parasite Haemonchus contortus. Il est en effet considéré comme le plus dangereux parmi les parasites du tube digestif rencontrés chez les moutons. Des tests au laboratoire ont ainsi été réalisés avec les extraits d’acacia à la fois sur les œufs et les larves L3 de H. contortus. Les résultats ont révélé que les deux plantes ont une efficacité antiparasitaire.  Les meilleurs taux de mortalité des larves ont été obtenus avec Acacia raddiana. L’inhibition de l’éclosion des œufs du parasite a de même été plus efficace avec cet acacia. Cela suggère une utilisation combinée des deux plantes ou d’A.raddiana.

L’efficacité antiparasitaire des acacias évaluée chez l’animal

Les chercheurs de l’INERA+ et leurs partenaires++ ont ensuite étudié l’efficacité antiparasitaire des deux espèces d’acacia sur des ovins naturellement infestés. Pour cela ils ont complété leur alimentation avec les feuilles d’acacias. Des moutons de race Mossi naturellement infestés par les parasites ont été nourris avec ce fourrage. Une large gamme de parasites du tube digestif des ovins a pu ainsi être explorée. 

Les résultats obtenus sont plus qu’encourageants. Il ressort en effet que la consommation des fourrages d’acacia a induit une baisse :
•    du nombre œufs comptés dans les fèces par rapport aux animaux qui n’ont pas consommés les acacias,
•    du nombre de larves parasitaires dans le tube digestif du mouton,
•    de la fertilité des vers femelles du parasite H. contortus.
En outre, la consommation raisonnée de ces fourrages, notamment celui de A. raddiana, peut être envisagée pour réduire la production de méthane par les ruminants dans leur environnement d’élevage.

Ces résultats vont permettre d’établir des recommandations auprès des éleveurs sur la bonne utilisation des plantes d’acacia dans la zone sahélienne du Burkina Faso. En parallèle, les recherches continuent afin d’identifier et de caractériser la ou les familles de molécule responsable(s) de la qualité antiparasitaire des acacias.  Elles devraient aboutir à des formulations optimisées pour les fourrages utilisés par les éleveurs au Sahel.


+ L’INERA est un des quatre instituts de recherche du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST). C’est une structure publique spécialisée et officiellement mandatée pour assurer la formulation, l’exécution et la coordination des recherches environnementales et agricoles au Burkina.

++ Partenaires français : Inra, unité mixte de recherche Interactions Hôtes Agents Pathogènes (IHAP)*, unité mixte de recherche Herbivores** ; IRD

      Partenaires africains : Université de Ouagadougou

      Partenaires brésiliens : Université de Sao Paulo ; Université de Sao Luis

Contact(s)
Contact(s) scientifique(s) :

Contacts scientifiques en Afrique et au Brésil :
Geneviève Zabré (Université Ouaga 1 Pr JKZ, INERA Burkina Faso ), Adama Kaboré (INERA Burkina Faso), Adibe Abdalla (Université Sao Paulo), Helder Louvandini (Université Sao Paulo), Livio Costa Junior (Université Sao Luis)
Département(s) associé(s) :
Santé animale, Physiologie animale et systèmes d’élevage
Centre(s) associé(s) :
Occitanie-Toulouse, Auvergne - Rhône-Alpes

En savoir plus

Les différentes phases de vie du parasite Haemonchus contortus

Les parasites internes des ruminants ont deux phases de vie :

 - une phase libre où les œufs sont libérés sur le sol avec les crottes du mouton. Une fois au sol, les œufs éclosent en donnant des larves du premier stade (L1) qui, lorsque les conditions ambiantes sont favorables vont évoluer en L2 puis en larves infestantes (L3). En général, la durée minimale de cette phase est de 4 à 10 jours selon l’espèce parasitaire.

- une phase parasitaire qui se déroule dans le tube  digestif du mouton et commence lorsque les animaux consomment l’herbe contaminée par les larves infestantes (L3) au pâturage. Après ingestion, les larves L3 évoluent pour devenir des vers adultes capables de s’accoupler et sucer le sang du mouton. Les femelles sont très prolifiques : 5 000 à 10000 œufs par femelle et par jour. Cette phase peut durer 2 à 3 semaines. 

Les différentes phases de vie du parasite Haemonchus contortus. © Oliveira, 2016
Les différentes phases de vie du parasite Haemonchus contortus © Oliveira, 2016

Ma thèse en 3 500 signes. © Inra, Véronique Gavalda

Ma thèse en 3 500 signes

Initiée en 2016, « Ma thèse en 3 500 signes » est une action destinée aux doctorants et jeunes docteurs ayant préparé leur thèse dans une unité du département Santé Animale de l’Inra.

Elle vise à développer les capacités des jeunes chercheurs à communiquer vers le grand public et s'intègre dans la formation par la recherche des doctorants. Ils sont accompagnés dans la rédaction d’une actualité web présentant leurs travaux de recherche en 3 500 signes (environ). Destinée au grand public, l’actualité est ensuite publiée sur le site web du département santé animale, avec le nom des jeunes chercheurs qui apparaissent comme rédacteurs.

Geneviève Zabré à la finale internationale. © Felix Imhof

À propos de

Geneviève Zabré, rédactrice de cette actualité, est lauréate de l’édition 2018 du concours international  « Ma thèse en 180 secondes ». Les candidats disposaient de 3 minutes pour présenter oralement leurs recherches, avec une seule diapositive et sans note. Dix-huit pays de langue anglophone participaient à la compétition.

Geneviève a remporté le  1er prix du jury  et représentait le Burkina Faso. Elle est titulaire d’un doctorat délivré le 12 juin 2018 par l’université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo (Ouagadougou, Burkina Faso). Ses recherches s’intègrent dans un projet tripartite France/Afrique/Brésil sur la lutte contre la désertification. Elles s’intitulent : « Qualités antiparasitaires et nutritionnelles de Acacia nilotica var adansonii (Guill. et Perr.) O. Ktze et de Acacia raddiana (Savi) Brenan, deux plantes fourragères sahéliennes du Burkina Faso ». Les partenaires français du projet sont deux unités mixtes de recherche de l’Inra : l’UMR  IHAP* (Interactions Hôtes - Agents Pathogènes) et l’UMR Herbivores**. Ce projet a démarré en 2015 au Burkina Faso et bénéficié du soutien de l’IRD, de l’INRA et de leurs partenaires africains et brésiliens.

Geneviève Zabré a également bénéficié de l’accompagnement de l’IRD/Burkina Faso dans sa préparation au concours MT 180 au travers de l’activité « Campus de l’innovation », aux côtés de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF)  et de l’université Ouaga 1 Pr Joseph Ki-Zerbo.

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